Déni de justice : une expulsion en cours de procédure de demande d’asile


Communiqué des parents élus de l'école élémentaire du Contour Saint-Aubin à Rennes, 5 octobre 2019

Vendredi 4 octobre, une élève de l’école élémentaire Contour Saint-Aubin n’a pu se rendre en classe comme elle le faisait chaque jour depuis son arrivée en France, il y a près d’un an.
Au petit matin, la police est venue la réveiller pour la conduire à l’aéroport de Rennes Saint-Jacques avec sa maman. Toutes deux ont dû monter à bord de l’avion de Georgian Airways avec une trentaine de leurs compatriotes pour être renvoyées vers un pays qu’elles avaient fui pour assurer leur sécurité.

Cette situation est inacceptable puisque la famille était en cours de procédure de demande d’asile. Certes déboutée par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) mais convoquée à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) à Montreuil le 2 octobre dernier ! Elle avait même obtenu l’autorisation de s’y rendre avec leur avocat. La réponse de la CNDA devait intervenir le 9 octobre. La Préfecture en a décidé autrement. Pourquoi expulser une femme et une enfant de 8 ans, ne représentent aucun danger pour l’ordre public, avant même que le juge ait rendu sa décision ? Parce que la nouvelle loi "Asile et Immigration" qui s'applique depuis 2019, le permet.

Les premières réactions au sein de l’école

"La maman nous a lancé un appel à l’aide dès 7 h. La police était venue les chercher, elle et sa fille, les avait placées dans une voiture pour les conduire à l’aéroport. Nous avons reçu des messages jusque 8 h 10 puis plus rien. Les téléphones avaient été confisqués. Nous avons essayé de joindre l’avocate, des parents ont accouru à l’aéroport et ont assisté impuissants au décollage de l’avion. Comme dans un mauvais film. J’ai encore du mal à y croire" (Mathilde, représentante des parents de l’école).

"Mercredi, la petite a passé l’après-midi avec ma fille pendant que ses parents se rendaient à Montreuil, à la CNDA. Nous sommes allées en ville, les filles ont passé l’après-midi à jouer… Et, au petit matin, la police a emmené la copine de ma fille" (Aveline, parent d'élève)

"Mariam devait venir passer ce dimanche chez nous avec sa maman. Maintenant, elles sont en Géorgie. On est anéantis" (Cécile, parent d'élève de la classe de Mariam)

Comment expliquer la situation à nos enfants ?

Les élèves qui n’ont pas revu leur camarade vendredi matin ont posé des questions à leur enseignante. Que pouvons-nous leur dire ?

Depuis cet été, la loi pour une école « de la confiance » dit que le drapeau tricolore et les paroles de l’hymne national doivent être affichés les classes. Mais comment donner "confiance" à nos enfants s’ils voient leur camarade se faire maltraiter par les autorités ? s’indigne Jean-Paul, président de l’association de parents d’élèves des écoles Saint-Malo et Contour Saint-Aubin.

Nous, parents d’élèves de l’école élémentaire Contour Saint-Aubin demandons aux autorités :

  • de cesser d’expulser les enfants et familles réclamant une protection de notre pays
  • d’expliquer pourquoi une camarade de classe et sa maman ont été expulsées avant la fin de la procédure de demande d’asile
  • que tout soit mis en oeuvre pour le rapatriement de l’élève expulsée et la reprise de sa scolarité.